Au
début des années 80, dans la région de Caen,
un petit groupe d’enseignants se réunit pour repenser
l’école, réfléchir ensemble aux multiples
possibles de l’enseignement.
De débats en réflexions,
l’équipe pédagogique s’organise autour
d’une même volonté : enseigner autrement ; elle élabore
une nouvelle pédagogie qui donne envie d’apprendre,
qui éduque à l’autonomie et responsabilise.
Dès 1988,
le CLE doit s’agrandir, l’équipe propose un projet
d’extension accepté par les autorités en 1993 ;
c’est à Hérouville-saint-Clair,
dans la banlieue de Caen, cité nouvelle des années 60 à laquelle
son maire, M. Geindre, féru d’architecture, se préoccupe
de donner une identité, que le site d’une petite école
de quartier est choisi pour ce faire. A la municipalité d’Hérouville
de distinguer un aspirant à la construction d’un bâtiment
qui soit à l’image de cette école pas comme les
autres…
Sélectionnés sur dossier, les Ateliers Castro-Denissof
rencontrent l’équipe de pédagogues passionnés
; dès lors confrontations d’idées, concertations
et rêves de chacun s’apposent dans un projet-nuage qui
s’élèvera bientôt vers le ciel.
Dans cette ville introvertie
dans un paisible quartier sans particularités ni âme, l’équipe
Castro-Denisoff va s’attacher à inscrire un nouveau lieu de vie
dans l’enceinte d’une ancienne petite école maternelle.
A partir de
là une
histoire démarre, entre l’enthousiasme et l’investissement
de l’équipe pédagogique,
les hésitations, incompréhensions et même résistances
du maître d’œuvre : la Région, parfois dépassée
par ces professeurs hors du commun, trublions aussi exigeants qu’exaltés,
et l’engagement d’une municipalité qui, bien que
simplement demanderesse est conquise par un projet qui correspond à sa
sensibilité, la petite école
maternelle devient le théâtre de tiraillements, d’espoirs
et de rebondissements.
Après une certaine
confusion, et d’innombrables mais vivifiantes séances
de concertation, montage du
projet et programme de construction voient le jour.
Premièrement,
l’accent est mis sur les espaces de déambulations, lieux
de vie et d’échanges pour les élèves.
Le CLE est ainsi composé autour d’un
système de
lieux : une grande cour centrale commune à tous
les élèves qui donne sur les salles de sciences et
les bureaux administratifs, et trois petites cours qui fédèrent
les trois différents cycles d’enseignement. Dans ce
système
de patios, les vides sont aussi privilégiés, ils
créent
une forte perméabilité entre l’intérieur
et l’extérieur par l’intermédiaire de
longues galeries vitrées qui ordonnent la distribution des
salles de cours.
Pour les architectes,
il s’agit donc de jongler avec les consignes de maintenance et
normes administratives particulièrement codifiées et
les vœux qualitatifs des enseignants qui souhaitent plus d’espaces
pour que les élèves communiquent ; il faut équilibrer
la surface dite de gros-œuvre (place perdue, surface de circulation)
et celle dite utile (salles de classe, d’équipements).
D’autre
part, une place très importante est également donnée à la
cantine ; l’espace de restauration étant doublement considéré comme
fondamental.
D’un point de vue spatial puisque lieu d’échanges
et de retrouvailles entre élèves mais aussi professeurs
(l’équipe enseignante expérimentale déjeune
en effet en compagnie des élèves), mais aussi d’un
point de vue temporel. Le déjeuner rythme la journée,
il est décomposé en deux temps : un encas à 11h30
puis des cours de formation artistique (musique, théâtre,
cinéma…) pour enfin se retrouver à nouveau autour
de la partie consistante du repas à 13h30.
Ainsi, au
sein du grand bâtiment
qui abrite la cantine, sont également regroupés tous
les points forts du CLE, tous les équipements communs du programme
spécifique du projet pédagogique : le CDI, le hall d’accueil
et les lieux d’enseignement artistique. Et c’est tout naturellement
que ce bâtiment, le plus grand de tous, qui recèle les
fondements et espoirs d’une pédagogie nouvelle, émerge
de l’ensemble des patios, morceau de bravoure architecturale à l’entrée
du bâtiment qui fait signal pour l’extérieur.
Pour ce faire, la
petite école primitive est délicatement englobée,
son intégration se faisant naturellement par l’échelle
des nouveaux bâtiments. Puis, une fois les structures bâties,
l’ensemble est revêtu d’une façade de bois
massif, longs panneaux horizontaux de cèdre rouge qui donnent à l’ensemble
du bâtiment un épiderme particulier, brut, clair et chaleureux.
En 1995, dans
ce petit quartier effacé, qui souffre d’une texture monotone,
mornes enduits des années 60, surgit ainsi un bâtiment
singulier qui se soulève et se montre et qui dégage
aussi une odeur (insert audio track 35) autant qu’une personnalité.
La matière, rustique, bienveillante, compense et apaise. Dès
lors une identité est créée, les pieds bien ancrés
au sol et la tête dans les nuages, tels les nuages de Magritte
qui s’élèvent vers le ciel.