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Antenne DSQ : rôles et actions

Arrivée sur le terrain dès les prémices du projet, celle-ci multiplie les interventions de concertation auprès des habitants dans une démarche de développement social de quartier : « mieux habiter, mieux vivre au quotidien ». Elle présente aux locataires des maquettes, plans et dessins puis des appartements témoins qui, ancrant davantage l’habitant dans le réel, recueillent un engouement certain nuancé d’observations qui seront prises en considération.

Outre les adultes, les enfants et les jeunes de la cité sont également impliqués, notamment dans la conception des espaces publics : ateliers, définitions précises des besoins exprimés et fonctions souhaitées, des espaces et des structures de jeux, constitution d’un projet, travail avec le paysagiste Ronan Desormaux.

 

L’équipe diffuse aussi en permanence toutes les informations nécessaires à la compréhension du projet, et engage également de nombreuses autres actions d’accompagnement social : création d’une bibliothèque et d’une vidéothèque, soutien scolaire et éducatif, information juridique (mise en place d’une « boutique du Droit »), formation de prévention en matière de santé, accompagnement des personnes âgées, suivis individuels des jeunes, aide à l’insertion ou à la réinsertion professionnelle (mise à profit du chantier notamment), ateliers de communication (création d’un journal de quartier), d’alphabétisation, création d’une comédie musicale retraçant l’histoire du quartier, création d’ateliers d’artistes au sein de la cité, d’une Maison de quartier, accueil d’un photographe professionnel pour témoigner en images du remodelage…

 

La DSQ prend en charge le relogement provisoire des habitants. Loin des lourdes opérations de délocalisation, généralement mal vécue, tout est organisé pour un déplacement minimum des personnes. Seuls les habitants des étages directement inférieurs aux parties en cours d’écrétage sont donc relogés, ce, dans un véritable hôtel spécialement conçu pour les recevoir au sein d’une cage entièrement réhabilitée. Par la suite, la connaissance fine des individus aide au relogement ou à la réattribution des appartements en fonction de la composition familiale, des ressources financières et du mode de vie de chacun.

Engager ainsi les habitants dans le processus de transformation de leur quartier change le regard qu’ils portent sur leur cité, l’image de leur quartier est donc doublement modifiée . D’habitants ils deviennent acteurs de la cité, acteurs qui se réapproprient les lieux, participent à leur transformation plutôt que de la subir.

 
   

Un travail identitaire

La démarche du sociologue, auprès de chaque individu, va de pair avec le travail identitaire de l’architecte. C’est cette heureuse combinaison entre remodelage radical de l’habitat et restructuration en profondeur avec les habitants qui rend possible la renaissance d’un quartier, son inscription tangible et vivifiante dans le tissu urbain.

Les maquettes et dessins (qui avaient été repris en campagne d’affichage dans la ville) promettaient une amélioration sensible que les appartements témoins ont vite rendue crédible, et, dès la première tranche achevée, le succès est indéniable. Première preuve à l’appui, et grande satisfaction pour tous, une nouvelle, en apparence toute simple : « les gens reçoivent à nouveau chez eux ! »

 
 


LORIENT
QUAI DE ROHAN

Fiche projet

   

1988, Lorient,
quai de Rohan :
3 barres de dix étages construites
dans les années 60,
160 mètres de long
pour la plus grande,
80 pour les deux autres.
Des mètres et des mètres
de façades en front de mer,
un barrage contre
l’Atlantique.

 
 
Dans ces quelque 480 logements, des hommes, des femmes. Des personnes âgées très enracinées dans le quartier aux derniers arrivés, familles en situation de grande précarité pour la plupart, toutes partagent un désarroi commun : chômage (+40%), dénuement, cohabitation conflictuelle, mauvaise isolation phonique, parties communes dégradées, halls et espaces extérieurs indigents, marginalisation du quartier.
Dans cette zone d’exclusion sociale et urbaine c’est toute une population qui partage le sentiment d’être hors la ville et qui se sent, à l’image de sa cité : condamnée.


1 A l’abordage ! : Histoire de rencontres et de hasards
2 L’équipage : Un projet fédérateur
3 Et vogue… : Mémoires de chantier
4 Terre ! : Effets sur les gens, effets sur la ville,             l’impressionnisme urbain

     
  [1] A L’ABORDAGE !

Quand l’équipe de Castro débarque à Lorient, c’est pour un petit projet : un bâtiment de bureaux à l’entrée de la ville. Une première visite qui se solde par une rencontre inopinée, passionnante, colossale : la cité du quai de Rohan. Arrivée pirate pour l’architecte qui propose sa candidature à la municipalité. Dès lors, à l’équipage de s’embarquer pour un tout autre projet : remodeler entièrement les barres de Rohan, réinsérer la cité dans la ville.

   
 

Choisie sur dossier, l’équipe se lance un véritable défi urbain : à son projet de remodelage radical répond un enjeu social d’envergure. Il s’agit de reconstruire à neuf sans faire du neuf, ne pas démolir, ne pas réhabiliter en surface mais reconstruire un véritable quartier, un bout de ville, conserver la réalité sociale du lieu, tirer profit de ses contraintes et défauts : remodeler en profondeur,

faire du lien avec le lieu.

De rencontre en rencontre, d’individus en groupes, l’équipage se façonne.


 
                       
 

[2] L’EQUIPAGE :
UN PROJET FEDERATEUR


Sur le terrain, de rencontres en rencontres, une équipe passionnée se forme autour du projet urbain. Des architectes, des sociologues, des organismes, des politiques, des habitants, tout un réseau de compétences, d’appétences et de confiance… Ces individus opiniâtres et farouchement convaincus sont à la base du succès de l’entreprise.

Ainsi le projet bénéficie:

   

-> D’une volonté politique forte :
M. Jean-Yves Le Drian, maire de la ville et son adjoint à l’urbanisme Norbert Métairie accordent tout leur crédit à l’équipe, ainsi que le sous-préfet qui offre son soutien administratif dès le premier instant. Ce malgré l’ambition d’un projet architectural colossal qui s’inscrit dans le long terme, ce malgré le scepticisme d’une administration à l’égard d’un projet hors normes (ni réhabilitation, ni reconstruction). Et comme la mairie tarde un peu à établir un contrat, l’agence prend les premiers frais d’étude à sa charge.
Hors contrat, les plans sont dessinés jusqu’à exécution de la première tranche, on commence à recruter les autres membres de l’équipage, dont Brigitte Maltais qui entame une série de rencontres avec les habitants autour de petits déjeuners individuels pour leur raconter le projet.

 

-> D’une ingéniosité administrative et financière :
Alain Lampson, ancien employé de l’office hlm qui deviendra par la suite directeur de Lorient hlm, était à l’époque comme placardisé dans son petit bureau sans assistante, sans moyens et sans fenêtres… Emballé par le concept, c’est lui qui s’ingénie à faire passer le projet marginal dans les mailles administratives, mettant à contribution le plus large éventail de partenaires financiers (Lorient hlm, Municipalité, Fond Social Urbain, Palulos, Pla).

 

-> De l’action omniprésente de sociologues passionnés et de l’enthousiasme participatif des habitants du quartier POPUP2 :
Dirigée par Serge Brunet, lui-même enthousiaste, l’équipe de sociologues (Antenne DSQ) engage sur le terrain une militante passionnée, aussi motivée qu’efficace : Brigitte Maltais. L’antenne implante alors ses bureaux dans la cité, emploie des habitants du quartier, réunit maître d’œuvre, maître d’ouvrage et divers participants au projet tout en instaurant un dialogue systématique avec la population. Le rôle d’intermédiaire entre tous les protagonistes de l’aventure est parfaitement porté par la DSQ qui assure ainsi une meilleure compréhension et donc réalisation du projet.

 

-> Du savoir-faire des Ateliers Castro-Denisoff et des professionnels du bâtiments impliqués :
Outre la maîtrise des Ateliers Castro-Denisoff, le projet est également porté par des professionnels motivés : le paysagiste Ronan Desormeaux, le peintre Annick Démier et notamment l’entreprise GTB qui, en plus de trouver des solutions techniques adaptées à certaines constructions ou démolitions complexes, a parfaitement saisi la dimension sociale du projet puisqu’elle emploie d’emblée des habitants du quartier.

Autant d’individus et de personnalités unissent ainsi leurs talents et efforts dans le même projet urbain, architectural et social, pour pas à pas, faire renaître un quartier.

 
     
  [3] ET VOGUE… ! :
MEMOIRES DE CHANTIER
Du premier jet, de l’idée à la pose du plafonnier, petite histoire, pas à pas, d’un projet urbain hors du commun ou comment revivifier un quartier en remodelant espaces, volumes et regards…
   
 

A la source même de l’inspiration puis de la réalisation du projet, les acteurs sont guidés par :
- un enjeu politique clairement défini: préserver le logement social en centre ville, maintenir la population de la cité, améliorer la vie quotidienne de chaque habitant du quartier et redonner à la ville sa
« maritimité ».
- l’existant, ses contraintes architecturales propres (dont la mauvaise qualité de la construction en panneaux de béton préfabriqués).

Equipe Castro : Remodelage et tricot urbain
Lorsque l’équipe Castro obtient commande du projet, d’emblée l’idée de tailler une rue qui scinde en deux le bâtiment central s’impose comme une évidence :


 

c’est cette percée lumineuse (suppression d’une travée de logements) qui prolonge une rue et crée une ouverture directe sur la rade de Lorient. Puis, rapidement se dessinent les principaux éléments :
- Ecrêter :
réduire progressivement la hauteur des barres par paliers de deux niveaux à partir des bords du bassin à flots.
- Ajouter :
créer des excroissances, avant-corps, balcons, terrasses et bow-windows.
- Compenser :
la taille (grande barre coupée en deux) et l’écrêtage éliminent une centaine de logements qui sont recréés par la construction de bâtiments neufs en R+3, perpendiculaires aux barres, qui délimitent l’espace public et constituent un système d’ilôts ouverts.

 

- Remanier :
remettre aux normes, recomposer l’espace des appartements, modifier leur typologie, qualifier les espaces publics.

Des réhabilitations simples ou plus lourdes ; des premières maquettes au projet validé, peu de changements interviennent entre l’idée et l’exécution. Dès lors un gigantesque chantier en trois volets commence, le rouet minutieux d’un véritable tricotage urbain se met en marche.

Les travaux de la première phase de remodelage commencent en janvier 1992, la troisième et dernière phase finira en 1996. Pour chacune d’entre elles, les travaux de démolition et de réhabilitation, l’écrêtage en particulier sont d’une précision chirurgicale.

 

Après démolition des cloisonnements intérieurs, modification des canalisations et conduits, les étages sont démolis un par un à l’aide d’une pince hydraulique qui broie le béton, les gravats tombant dans des bennes réalisées spécifiquement sur le chantier.
Si le gros de la démolition, la construction et les extensions sont conçus et réalisés sans difficulté, en revanche les façades plates intérieures posent problème. Après de longues tergiversations on se décide pour une parure picturale épurée : « du Patou mais très pauvre ».
De même, le choix de la couleur est longuement pesé.

Pendant toute la durée des travaux, des mesures sont prises pour diminuer les bruits et écarter tout danger : des passerelles et tunnels de protection aident au cheminement des locataires. Locataires qui, pendant ces trois phases de chantier, sont eux-mêmes suivis et surtout pris à parti par l’antenne DSQ.

 

 

 
  [4] TERRE ! :
EFFETS SUR LES GENS,
EFFETS SUR LA VILLE, IMPRESIONNISME URBAIN

- Effets sur les gens, effets sur la ville

L’engouement pour le nouveau visage de la cité de Rohan ne se limite pas aux équipes de restructuration et remodelage et à la population du quartier. Le projet urbain, dès achèvement de la première phase de chantier attire les regards de l’extérieur.

 

En premier lieu, les Lorientais eux-mêmes portent un nouveau regard sur leur ville, les demandes de hlm au sein de la cité ne tardent pas à fuser. Les 40 logements supplémentaires que le remodelage a permis de créer sont très vite remplis. Aujourd’hui, le taux de chômage de la population a chuté à 12% en raison notamment de la plus grande mixité socio-économique de ses habitants.

Et, autres petits signes qui ne trompent pas : dans la cité, pas un tag sur les façades, des cages d’escalier toujours accueillantes, des jardins respectés et même des palmiers royaux plantés dans les allées et non les sempiternels peupliers d’Italie utilisés en raison de leur taille, pour cacher cette façade qu’on ne saurait voir… Et aussi, dans les rues alentours : un renouveau, couleurs pastel, qui fleurit sur les murs… et l’image du quai de Rohan qui pousse, enfin, dans les livres consacrés à la ville du « Soleil d’Orient », retrouvant droit de cité dans les ouvrages et l’imaginaire collectif.

 

Impressionnisme urbain : vers une nouvelle théorie de la ville

Des conditions favorables, un projet éminemment fédérateur, des équipes emballées, une réelle volonté d’inscrire le travail architectural, social et politique dans la durée ont contribué à faire du remodelage lorientais un cas exemplaire, une belle histoire. Néanmoins, pour les Ateliers castro-Denisoff, reste un petit goût amer… Sur l’élargissement du concept de remodelage, sur son acception par la loi SRU, plane comme un sentiment d’échec.

 

 
                                     
 
 
 
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