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APPRENDRE.
I. Débuts.
Ma passion pour les villes remonte à mon enfance.
Comme j’habitais avec ma sœur et mes parents dans
un appartement de 38 mètres carrés, c’est
l’espace public parisien qui est très vite devenu
mon espace privé en quelque sorte, le territoire de
mes “ dérives urbaines ” spontanées.
Ainsi, j’ai beaucoup fréquenté la rue
de Rome, et notamment ce lieu où le chemin de fer
déchire la rue, où les façades arrières
deviennent des façades avant, ce qui produit un effet
de collage fascinant. De là procède sans doute
mon amour du sédimentaire urbain, fruit non pas de
cette volonté de puissance ordonnatrice dont rêvent
beaucoup d’architectes, mais de la superposition ou
de la rencontre de multiples strates historiques, d’événements
urbains et architecturaux portés par des logiques
et des manières stylistiques différentes, voire
contrastées. En somme, dès mon enfance, j’ai
habité la ville en poète, et c’est toujours
ainsi que je l’habite aujourd’hui.
Ensuite, il y a mes études. En 1956 je commence l’admission à l’Ecole
des Beaux Arts où je suis admis en 1958 dans un “ atelier
extérieur ”, marginal par rapport à l’enseignement
traditionnel mais bien plus intéressant en fait, puisque
c’est nous, les étudiants, qui choisissons notre
enseignant. Notre choix se porte sur Edouard Albert, un architecte
rationaliste certes, mais qui, contrairement à beaucoup
d’autres, se pose des questions sur l’urbain.
Par-delà l’Ecole toutefois, un second fait autobiographique
décisif pour la suite de mon parcours prend place
immédiatement : je bosse dans les agences qui, à l’époque,
conçoivent les “ grands ensembles ”. En
sorte que, par différence avec beaucoup de mes collègues
qui travaillent comme moi à les “ réhabiliter ”,
j’ai une connaissance directe, in situ, des méthodes
et des techniques qui ont donné naissance aux “ cités ” que
je remodèle aujourd’hui. Et l’époque
est au rendu qui accroche le regard, les “ beaux dessins ” où il
faut faire se croiser les traits, le pochoir, le tracé des
ombres, même si le projet lui-même se révèle être
stupide, mais aussi et surtout, a contrario, le manque total
de travail sur l’espace dont la marque essentielle
est l’absence du travail en maquette. Ainsi j’ai
gratté sur Montereau où je vais peut-être
travailler bientôt, j’ai dessiné des grands
ensembles pour Novarina. Et cette connaissance de l’intérieur
que j’ai des pratiques qui ont fabriqué ces
morceaux de non-ville et de non-architecture m’a aidé,
ensuite, à les déconstruire. Du coup, par réaction
sans doute, je me réfugie à l’Ecole dans
le formalisme, les plissés, le genre Wright.
II. Engagement.
En même temps, ces années sont celles de la
guerre d’Algérie qui va constituer le terrain,
pour moi, d’un autre type d’apprentissage. Révolté par
ce qui se passe, au nom de la France, de l’autre côté de
la Méditerranée, je milite, je manifeste. Et
cet engagement sur un front politique “ extérieur ” se
double d’une participation de plus en plus active au
mouvement de contestation critique de l’enseignement
des Beaux Arts - mouvement qui va déboucher sur la
fameuse grève de 1966 dont, aux côtés
d’Antoine Grumbach, Christian de Portzamparc et quelques
autres, je suis l’un des animateurs. A l’époque,
je le rappelle, au lieu de travailler sur le logement et
la ville, l’enseignement des Beaux Arts privilégiait
de façon exclusive les projets absurdes du type “ centre
de conférences internationales ”.
Je prends la direction du journal Melp qui exprime et qui
porte la contestation étudiante, tout en popularisant
des expériences étrangères à nos
yeux novatrices, ludiques et anti-académiques comme
celles du groupe Archigram.
L’aboutissement (provisoire) de ce mouvement critique, c’est Mai
68, la fin de la section d’architecture de l’Ecole des Beaux Arts
et les trois ou quatre années où, abandonnant provisoirement
l’architecture, je deviens le dirigeant principal du groupe “ maoïste ” Vive
la Révolution et le directeur du journal Tout (dont le titre est issu
du slogan du groupe italien Lotta Continua : “ Ce que nous voulons :
tout ”) d’où émergent, à la fois comme effets
et comme réactions, le mouvement des femmes, celui des homosexuels,
etc., bref : la révolution des mœurs qui est la conséquence
pratique majeure de Mai 68.
COMPRENDRE POUR FONDER
La période 72-80 va constituer, à certains égards,
l’aboutissement de mes “ années d’apprentissage ” (je
dis “ à certains égards ” car, à d’autres,
je continue à me considérer comme un débutant).
D’une part, j’entre en analyse chez Lacan et,
d’autre part, en rejoignant le “ groupe des 7 ” (le
philosophe Jean-Paul Dollé, l’ingénieur
Gilles Olive, les architectes Jean-Pierre Buffi, Antoine
Grumbach, Guy Naizot, Christian de Portzamparc et moi-même),
je participe, en liaison avec la réinvention de l’enseignement
de l’architecture à UP6, à une réflexion
collective sur “ les fondements théoriques de
l’architecture ” organisée suivant la
fameuse triade lacanienne Réel/Imaginaire/Symbolique.
Ce rapport à la psychanalyse, et à Lacan tout
spécialement, est décisif dans ma (notre) réflexion
: il m’aide à déconstruire l’ultra-rationalisme
architectural et urbain, corbuséen notamment, en me
faisant découvrir que le sujet freudien est absolument à l’opposé de
l’homme de la ligne droite, de l’espace fluide
continu et indifférencié, et des mesures normées
du Modulor.
Pourquoi ? Parce que le sujet ferme la porte de sa chambre
pour ne pas faire l’amour devant ses enfants ; parce
que le sujet aime se perdre dans la ville en suivant le “ chemin
des ânes ” qui donne accès aux merveilles
de la mémoire et qu’il déteste par conséquent
le plan Voisin qui, entre autres folies totalitaires, prétend éradiquer
cette mémoire; parce que le sujet est irréductiblement
singulier, unique et que, outre qu’il ne mesure pas
nécessairement 1, 83 m, l’histoire lui a appris
de se méfier de ceux qui voudraient lui faire lever
le bras sur commande.
La pensée freudienne, qui enracine le sujet mais
pas dans ses racines, c’est une pensée du sujet
dé-raciné justement, du sujet habité par
ses signifiants dont la principale trace, les racines, est
une série de nominations.
J’ai fait une longue analyse avec Lacan. Je suis donc un des sujets par
lesquels passa la reconstruction d’un discours sur la ville chez les
architectes.
Une analyse, au-delà de son propre salut, sert à vérifier
les moralistes, La Rochefoucault, Baltazar Gracian, ceux qui savent jusqu’au
tréfonds combien le sujet peut être guidé, poussé,
commandé par bien autre chose que l’amour du prochain.
Ca vous rend d’une méfiance profonde quant aux optimismes historiques
totalitaires et nommément le fascisme et le stalinisme. Mais ça
m’a permis d’en découvrir un troisième moins connu
: l’ultra-rationalisme en urbanisme et en architecture. Il a fait moins
de morts massives ; il n’est responsable que de désespoirs et
de suicides : ce qui se sait moins.
Mais si on le regarde de près, on lui trouve des ressemblances avec
les deux autres, on y voit un individu bien peu identifiable, bien peu différencié, à travers
une production de lieux de stockage, toujours les mêmes.
A travers ce travail avec Lacan, je produisis très vite ce qui aujourd’hui
constitue le fond de pensée de mon travail.
Extrait d’une conférence de Roland Castro à l’Université de
Princeton, 1993).
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La Roquette - Paris
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En parallèle avec ce
travail de réflexion théorique, je fonde avec
d’autres amis architectes (Abdelkrim Driss, Guy Duval,
Lorenzo Maggio, Jean-Jacques Faysse, Bernard Ogé et
Antoine Stinco) le Gau, structure collective dont vont émerger
plusieurs projets fondateurs : celui du PAN consacré à l’étude
d’un “ pan de ville ” (projet lauréat)
; celui pour la reconstruction du quartier de La Roquette à Paris
(qui ne sera pas lauréat mais dont le dessin et l’intitulé “ Survivance-Citation-Invariance ” feront
le tour du monde) ; celui pour le centre-ville de La Roche-sur-Yon
(lauréat) ; et celui du plan général
de Villeneuve-sur-Lot (qui constitue la matrice théorique
de mon futur plan du “ Grand Paris ”).
Pourquoi dis-je qu’il s’agit de projets fondateurs
? Parce que, tout en revenant aux invariants (rue, place,
etc) de la ville agglomérée, ils les retravaillent
de manière moderne en évitant le systématisme
de la méthode typo-morphologique qui fait son retour à cette époque.
Pour moi (pour nous) en effet, plus riches que les objets
architecturaux eux-mêmes, sont leurs agencements
impliquant, comme dans la ville sédimentaire, des
superpositions, des agglomérations, des contaminations,
des bigarrures, des désorganisations/réorganisations,
des collages plus souvent imprévus que prémédités.
Dès lors, dans le PAN comme à la Roquette,
je pose une stratégie de places, de rues, de lieux
très constitués – portes, immeubles
d’angle, béguinages, crescent, parc, etc.
-, mais je ne dessine surtout pas le tout, je ne tartine
surtout pas le territoire, abandonnant à d’autres
le soin de compléter le projet. En somme, je propose
délibérément la possibilité du
non-délibéré.
Ce qui est une démarche autrement moins démiurgique
et plus complexe que le simple retour à la typo-morpho.
D’autant que, si j’accueille avec sympathie
les critiques anti-modernes (Jencks et Cie) qui se développent
internationalement au cours de ces années-là,
les propositions architecturales et urbaines dites “ post-modernes ” qui
en résultent – celles des Krier en particulier,
telles qu’elles s’expriment à Berlin
dans le cadre de l’IBA (exposition-reconstruction
critique in situ de la ville que je visite à la
fin des années 70), sont loin d’emporter mon
adhésion. Stylistiquement, ça ne me convient
pas. C’est trop chichiteux à mon goût.
Cette distance est patente, par exemple, lorsqu’on
compare mon ensemble de logements du Mandinet à Lognes-Marne-la-Vallée
(1981-1984) qu’Eric Rohmer a filmé dans Les
Nuits de la pleine lune, et les ensembles de logements
voisins.
Evidemment, à cette époque, tout cela est
loin d’être aussi clair qu’aujourd’hui
dans ma tête : ma démarche a toujours été celle
décrite par Bonaparte “ On avance, puis on
voit ”. Ainsi, si je mets déjà clairement
en cause l’ “ architecture-objet ” au
profit de ce que j’appellerai bientôt l’ “ architecture
urbanisante ”, je n’ai pas encore critiqué jusqu’au
bout ce que je nomme depuis vingt ans la “ pensée
du plan-masse ”, c’est-à-dire cette
méthode encore trop répandue, y compris chez
certains qui pensent s’en être débarrassés,
de fabriquer des morceaux de ville à partir des
masses bâties et non en prenant pour point de départ
le tracé et le dessin de l’espace public.
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Rue Erlanger
(1977)
Bourse du Travail - St Denis (1979)
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Le GAU se dissout, faute de
commandes, à la suite de son échec au concours
des Hautes Formes que gagne fort justement Christian de Portzamparc.
Je me retrouve alors à fabriquer des petits projets
du genre abribus pour la ville d’Angoulème puis
je m’associe avec Antoine Stinco pour le concours (gagné)
de la Bourse de Saint-Denis (1979).
La Bourse de Saint-Denis, quelles que soient ses limites,
est, après mon immeuble de la rue Erlanger (livré en
1977) où j’ai déjà expérimenté certains
principes architecturaux que je désigne aujourd’hui
comme “ impressionnistes ” dans la mesure où ils
travaillent le bord, la limite, l’entre-deux grâce à des
motifs (vérandas, oriels, bow-windows…) que
j’utilise de façon récurrente dans
mes remodelages actuels de grands ensembles, cette Bourse
de Saint-Denis, donc, achevée en 1983, est mon premier
exemple construit d’ “ architecture urbanisante ”.
Elle possède en effet trois types de façades
répondant chacune à une situation et à un
paysage urbains différents : la première
dialogue de façon mesurée avec la clinique
d’à côté ; la seconde, violente,
répond à la violence autoroutière
qu’émet la Porte-Saint-Denis ; la troisième
enfin, à l’arrière, est douce au contraire,
et végétalisée. En outre, ce bâtiment
public se veut très anti-fonctionnaliste. Répondant
aux thèses de Georges Bataille concernant la nécessité de
ce qu’il appelle la “ dépense ” par
opposition à la stricte économie, le bâtiment
recèle quantité d’espace dit “ perdu ” -
des circulations si amples qu’on pourrait les croire
disproportionnées, par exemple.
Cette Bourse du travail marque une étape et un
tournant dans mon parcours. Non pas en raison de ma dé-association
amicale avec Antoine Stinco qui en résulte (autant
il est puriste, Nuccio, autant je suis “ bavard ”),
mais parce qu’elle constitue, en quelque sorte, la
fin d’un certain type d’apprentissage et qu’elle
coïncide, en outre, avec mes débuts dans un
nouveau type d’activité : la politique urbaine
et la maîtrise d’ouvrage en quelque sorte,
dont Banlieues 89 est le jalon fondateur.
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Oullins |
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CREER DE L'OFFRE POUR
PRODUIRE DE LA DEMANDE
(Banlieue 89 et sa suite).
Arrive mai 81. L’élection de François Mitterrand à la
présidence de la République. Le 11 mai 81, électrifié par
l’événement, j’écris un poème proclamant
qu’on va transformer les périphéries. Et dans la foulée,
je crée Banlieues 89 avec Michel Cantal-Dupart et mes complices
habituels Antoine Grumbach, Jean-Paul Dollé et Gilles Olive. Avec
l’aide d’un directeur au Ministère de l’Equipement,
Georges Mercadal , et quelques maires complices, on rassemble un petit
groupe au sein duquel je rencontre Roland Bernard, le maire d’Oullins.
Grâce à lui, j’ai la possibilité de recréer,
avec Sophie Denissof, un centre à sa ville grâce à un
assez petit projet (94 logements !) en forme de “ tours fines ” qui,
rétrospectivement, m’apparaît très important,
premièrement parce qu’il est extrêmement urbain, deuxièmement
parce qu’il va servir de modèle pour permettre à Banlieues
89 de passer à la vitesse supérieure. Tout comme vont servir
de modèles, d’autre manière, des propositions que nous
présentons sans que personne ne nous demande rien, telle celle de
couvrir l’autoroute à la Courneuve pour en faire une rambla.
J’écris au Président de la République
pour lui dire que le problème des périphéries
est la question centrale de la société française,
celle qui conditionne son avenir. En juillet 83, je suis enfin
reçu par lui et c’est à partir de là – je
veux dire après la visite que je lui fais faire de la cité des
4000 de la Courneuve, ensuite dans le morceau de banlieue réussie
qu’est à mes yeux la cité-jardin de la Butte-Rouge à Chatenay-Malabry – c’est à partir
de là, donc, que nous nous voyons confier une mission officielle,
logée à Matignon, nommée Banlieues 89.
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Grand Paris
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Notre première initiative,
avec notre toute petite équipe (Marie-Françoise
Goldberger pour l’administration, Michel Herrou pour
la sociologie, Jean-Patrick Fortin et Laurent Charré pour
l’architecture), est d’inventer l’idée
du Grand Paris. A l’époque, mais tout cela reste
d’actualité, nos interrogations sont les suivantes
:
Comment oublier les nouvelles fortifications constituées
par le périphérique au profit d’un anneau,
au rayon beaucoup plus large parce qu’en accord avec l’agglomération
réelle et non simple réplique administrative dénuée
de sens ?
Comment féconder l’ensemble de ce territoire à partir
de la géographie et des paysages (celle et ceux produits
par la Seine au premier chef) en partant du postulat que tout fragment
de périphérie peut et doit être pensé comme
un centre potentiel pour peu qu’on analyse finement ses qualités – ignorées
le plus souvent, voire gâtées ou carrément
masquées par un urbanisme de la table rase ?
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Grand Tram Paris.
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Ce projet, dont la première
esquisse est présentée très vite au président
de la République, connaîtra par la suite de nombreux
développements ou relances puisque j’y travaille
encore aujourd’hui. A titre d’exemple, le projet
de Grand Tram, que j’ai conçu en 1998 en collaboration
avec Jean-Pierre Le Dantec et qui propose de relier entre elles
les banlieues de la grande couronne parisienne au niveau (approximativement)
de la ligne des forts, en dérive quasi “ naturellement ”.
Mais par-delà les propositions ou réalisations
qu’il a suscitées, ce projet du Grand Paris a été,
et demeure, une matrice théorique de toute première
importance en matière d’analyse inventive (c’est-à-dire
productrice de scenarii) urbaine, paysagère et territoriale
: des concepts à mes yeux décisifs ont été forgés
au cours de son élaboration inspirée par la reconstruction
baroque de Rome sous Sixte-Quint : ceux de “ lieu magique ”,
de “ lieu à projet ” et, le plus décisif
de tous, celui d’ “ acupuncture urbaine ”.
Notre seconde initiative, lancée en décembre 83 à la
Mutualité devant un bon millier d’architectes, est
de proposer que chacun d’entre eux s’associe avec un
maire de banlieue, qu’elle soit parisienne ou de région,
pour concevoir puis réaliser un projet, quelle que soit
sa dimension, susceptible de transformer un quartier ou d’en
amorcer la transformation. Il en résulte dans la foulée
une exposition de 77 projets dans 77 villes, suivie un an plus
tard du lancement de 250 projets labellisés Banlieues 89
et pouvant bénéficier, de ce fait, de financements
spécifiques. Le principe étant que l’initiative
et la conduite de chacun relève exclusivement du couple
maire + architecte, ces projets sont de qualité inégale,
chose qui nous a été (injustement je pense) reproché.
Mais bon nombre d’entre eux, à l’instar de l’ensemble
de logements dit La Maison des Gardes à Arcueil conçu
par Henri Gaudin, sont remarquables et n’auraient pas abouti
sans Banlieues 89.
Dans le même temps, contre l’inégalité urbaine
et la parcellarisation des crédits, des compétences
techniques, des modes de décision qui résultent, à la
fois, d’une absence de dialogue entre partenaires (y compris
ministériels) et d’un code de l’urbanisme rendant
impossible une gestion équilibrée du territoire et,
pire encore, l’émergence de formes urbaines aussi
riches et complexes que celles de la ville sédimentaire,
j’invente ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui
la “ politique de la ville ”. D’abord en favorisant
l’émergence d’une structure interministérielle
en charge de ces questions, la DIV (Délégation interministérielle à la
ville) où s’insère progressivement Banlieues
89, puis en proposant, carrément, la création d’un
Ministère d’Etat à la ville – suggestion
qui est mise en pratique jusqu’à dégénérer
avec la nomination à la tête de ce ministère
de… Bernard Tapie.
Cette nomination est la goutte d’eau qui fait déborder
le vase.
Alors que Banlieues 89 s’est trouvée progressivement
marginalisée au point de devoir s’éteindre,
en tant que dispositif créateur d’idées léger
et rapide, au sein de structures lourdes plombées par les
lenteurs bureaucratiques, le poste de “ Délégué à la
rénovation des banlieues ” qui m’a été attribué par
le Président de la République est à son tour
vidé de son sens et de tout pouvoir au profit d’une
politique urbaine exclusivement fondée sur les “ coups
médiatiques ” et la “ communication ” en
général. Ma mission n’a plus d’objet,
sinon honorifique : j’en démissionne.
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Cité littorale
- Vallée de l'Aude |
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Lorient - Quai de
Rohan |
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REMODELER LES GRANDS ENSEMBLES;
Si pendant ces années, ma mission – et mon activité par
conséquent - avait essentiellement consisté à inventer
une maîtrise d’ouvrage politique, architecturale et urbaine,
d’un genre nouveau et, dans la foulée d’inventer des
projets et des concepts de nature à rénover et reféconder
les périphéries en luttant contre l’inégalité urbaine,
j’avais cependant pu faire avancer dans le même temps quelques
projets personnels allant dans le même sens. Laissant de côté les
bâtiments que j’ai construits à cette époque
en collaboration avec Sophie Dénissof et parfois en association
avec d’autres architectes, trois types de projets urbains vont avoir
pour moi – et je l’espère pour d’autres – un
caractère fondateur. Le premier, que j’appelle “ projet
urbain fédérateur ” se situe dans le droit fil du Grand
Paris : j’y reviendrai. Le second, qui relève de la création
urbaine non pas ex nihilo bien sûr, mais “ pure ” si
je puis dire, j’en traiterai plus loin : ses archétypes sont
la ZAC Danton à Courbevoie commencée en1989 et le projet
de Cité Littorale de la basse vallée de l’Aude élaboré avec
Michel Corajoud (1986). Le troisième est le remodelage des grands
ensemble dont l’archétype, lui, qui développe des concepts élaborés
au sein de Banlieues 89, est la réhabilitation du Quai de Rohan à Lorient
: sa première tranche, après le concours gagné de
1989, est livrée en 1996.
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Val d'Argent, Argenteuil
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La Caravelle, Villeneuve-la-Garenne
Quartier de l'Oly, MontGeron & Vigneux
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Carré de
la Vieille à Dunkerque (2002)
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Quartier Droixhe,
secteur Croix-Rouge, à Liège
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Point de départ, pour moi,
de beaucoup d’autres du même genre, depuis, en
France (Val d’Argent à Argenteuil, projet commencé en
1993 ; La Caravelle à Villeneuve-la-Garenne, projet
commencé en 1995, Quartier de l’Oly à Montgeron
et Vigneux, Carré de la Vieille à Dunkerque (2002)…)
comme à l’étranger (Hoyerswerda dans l’ex
RDA, projet lauréat en 1997 ; quartier Droixhe, secteur
Croix-Rouge, à Liège, projet lauréat en
1997 lui aussi…), le remodelage du Quai de Rohan doit
sa réussite à un bon projet, bien sûr,
fondé sur des concepts urbains que je m’emploie à mettre
en œuvre de façon chaque fois spécifique,
mais aussi à l’existence d’une volonté politique
sans faille portée par la mairie, et d’une équipe
de fabrication et d’accompagnement du projet à la
fois dévouée, compétente et inventive.
Car il faut le dire et le redire : en matière urbaine
peut-être plus encore qu’en matière architecturale,
le rôle de la maîtrise d’ouvrage et celui
des techniciens (bureau d’études, sociologues, économistes,
administrateurs, BTP...) est capital.
Cet hommage étant rendu à ceux sans qui les plus
beaux projets architecturaux et urbains ne sauraient être
menés à bien, quelles sont les idées-forces
qui me guident dans les remodelages de grands ensembles ?
C’est d’abord et surtout ne pas reproduire la logique
de la table rase en fichant tout par terre, mais respecter la mémoire
du lieu – celle de ses habitants au premier chef.
C’est comprendre la logique qui a présidé à leur
fabrication pour tenter un retricotage de l’espace public
entre les bâtiments selon un vocabulaire urbain “ normal” permettant
une délimitation précise du public, du semi-public,
du privé.
C’est redonner un bas, un haut, un corps, un ciel, aux barres
et aux tours qui en sont dépourvues.
C’est, idée très importante renvoyant à l’ “ impressionnisme ” architectural
et urbain, dessiner de l’inégalité formelle
pour arriver à une meilleure égalité de sentiment
: ainsi, il faut se garder, sous prétexte d’agrandir
tous les séjours, de leur ajouter à tous de grands
bow-windows, ce qui aurait pour effet de reproduire la barre en
l’épaississant.
C’est instaurer de la différence pour susciter de
la dignité et un sentiment d’appartenance. C’est
remodeler le ciel dans le cas de Liège ; dans celui de la
Caravelle c’est encombrer pour dédensifier : arriver
en insérant des petits bâtiments à casser l’impression
de linéarité monstrueuse de l’existant ; dans
celui du clos Saint-Lazare, c’est de découper les
barres pour les inscrire dans un système d’îlots
incluant des maisons individuelles ; c’est transformer, à Vallauris,
des tours de stockage en “ immeubles de rapport ” à l’unisson
de la Côte d’Azur…
Autant dire que remodeler, c’est à chaque fois un
cas d’espèce : même si les grands ensembles
se ressemblent, il faut à chaque fois trouver le génie
du lieu, dissimulé la plupart du temps, et s’en servir
comme point d’appui pour inverser la situation en pratiquant
une sorte de “ judo urbain ”. Et c’est aussi
prêter une grande attention au projet initial, y compris
lorsqu’on le trouve aberrant, afin que les parties ajoutées
ou refaites puissent apparaître comme ayant été là depuis
le début. Et c’est enfin conserver le sentiment de
la grande dimension pour préserver l’impression d’espace
et de vues dégagées qu’a apportée, vaille
que vaille, le rationalisme moderne. C’est donc tout le contraire
de ce qu’on a pu voir dans certaines des premières
réhabilitations de grands ensembles qui plaquaient de la
fausse ville traditionnelle sur de la ville moderne : en fait,
l’idéal du remodelage c’est la métamorphose.
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Le pari des cinq
Paris
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RECOUDRE A GRANDE
ECHELLE;
Depuis son état initial datant de Banlieues 89, je n’ai cessé de
reprendre le projet du Grand Paris. Ainsi, en 1990, sans remettre en cause
les méthodes d’analyse inventive du territoire produites à l’époque,
non plus que les résultats obtenus, ai-je mis en avant “ le
pari des cinq Paris ”. Constatant en effet qu’il n’était
pas possible d’envisager une seule autorité pour gérer
un territoire aussi vaste à l’époque de la décentralisation,
je propose la création de quatre entités territoriales complétant
le Paris administratif : Paris-la-Plaine (entre Saint-Denis et Bobigny)
; Paris-Amont (le long de la Seine d’Ivry à Villeneuve-Saint-Georges)
; les Hauts-de-Paris (au travers des collines du sud-ouest de Boulogne à Massy)
; enfin Paris-Presqu’île (lové dans la boucle de la
Seine entre Nanterre et Villeneuve-la-Garenne). Sur un mode plus classiquement
projectuel, d’autre part, je présente en 1995 un scénario
de réaménagement paysager du boulevard périphérique
incluant en particulier la lumière nocturne ; puis en 1998 le projet,
déjà évoqué, du Grand Tram.
Penser le territoire urbain à grande échelle afin de mettre
au jour ses caractères majeurs et, complémentairement, ses
singularités, me paraît constituer en effet le socle de savoirs
nécessaire pour qui, conscient de la fragmentation – et des
inégalités qui en résultent- qui menace ce territoire
sous l’effet de facteurs que je n’énumère pas
ici, estime comme moi nécessaire de tenter de le “ recoudre ”.
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Plan d’ensemble
du département des Hauts-de-Seine
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C’est pourquoi, dans le
même esprit que celui qui a présidé au
plan du Grand Paris, j’entreprends en 1993, dans le cadre
de la mission Pacte 92, une étude conduisant à un “ plan
d’ensemble du département des Hauts-de-Seine ” destiné à fournir
un “ plan de lutte contre la ségrégation
urbaine ” : son objectif majeur, décliné en
thèmes transversaux, en éléments de ponctuation,
en typologies et en style d’interventions chaque fois
explicités au moyen de cartes et de dessins de principe,
est de désenclaver, d’embellir et de complexifier.
Cette étude n’a évidemment pas la prétention
d’être suivie d’effets d’ensemble immédiats
: son objet est de montrer qu’il est possible de trouver
des solutions permettant de s’opposer au fatalisme de
la ségrégation urbaine “ spontanée ” et
de suggérer des projets allant dans ce sens. |
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ZAC Jean Rostand
ZAC Masséna
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FONDER DES MORCEAUX DE
VILLE
Pour en arriver à oser de telles fondations, je crois
que le passage par le remodelage s’est avéré nécessaire.
Ainsi je me souviens en 1977 d’une rencontre avec le
président Houari Boumédienne à qui j’étais
venu dire “ Ne faites pas les mêmes erreurs que
celles que nous avons faites en Europe ” et qui me
propose, tout à trac, de construire une ville : je
lui ai répondu “ Non ” car, à cette époque,
je n’étais pas encore prêt pour ce genre
de projet. En fait, pour inventer un morceau de ville là où il
n’y en a pas encore, il faut, selon moi, se mettre
dans la peau d’un flâneur dérivant sur
le territoire existant en le fantasmant comme construit.
Cela se voit très bien dans le projet de Cité littorale
pour la basse vallée de l’Aude (1986). Six mois
d’angoisse épouvantable. Avec Michel Corajoud
on commence par le dessin d’un système de jardins
et d’eaux qui va quadriller la ville future; et au
sein de ce quadrillage, on produit des singularités
en inventant un alphabet de neuf lettres urbaines, de San
Geminiano à bastide, qu’on croise pour obtenir
des syllabes. L’ensemble donne un sentiment de découverte
et d’accumulation baroques passionnant : j’en
garde le souvenir de l’accouchement d’une machine à produire
de la différence, mais de la différence réglée.
Cette expérience m’a libéré.
A partir de là, j’ai pu passer à la
ZAC Danton de Courbevoie dont j’ai été nommé architecte
en chef en 1989. N’en sont encore construits que des
fragments – 1 million de mètres carrés
pourtant ! Des principes extrêmement clairs concernant
l’espace public, une déontologie parfaite entre
architectes que j’arrive à faire travailler
en commun, y compris à la production d’un immeuble
conçu à trois mains (Castro-Dénissof
/ Rolinet / Bayard)… la ZAC Danton est sur de bons
rails aujourd’hui. Tout comme la ZAC Jean Rostand qui
est en train de se construire à Bobigny…
Parmi plusieurs autres projets de fondation urbaine non
réalisés,
je pourrais évoquer mon projet pour la ZAC Masséna
ou celui pour le Grand Axe à Nanterre (1995). Mais
c’est le projet (en cours) pour le quartier des Capucins à Angers
qui va constituer pour moi, en matière de création
urbaine fondée sur la pensée du promeneur,
l’avancée décisive.
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Quartier des Capucins à Angers
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Mon modèle mental, c’est
le jardin Albert Kahn de Boulogne-Billancourt. Soit : comment
passer d’un territoire à l’autre et pourquoi – une
fois qu’on a dit qu’on est à Angers et qu’on
doit penser en termes de site, de paysages, de mesure… -
pourquoi ne pas s’autoriser une succession d’émotions
et de singularités en passant d’une île à l’autre
au sein de l’archipel urbain que nous avons conçu
? C’est là la condition, selon moi, pour que les
habitants aient le sentiment d’habiter vraiment quelque
part et pour que les visiteurs, de leur côté,
aient envie de venir se balader dans un territoire plein de
surprises.
A Angers, donc, on va s’employer à réinterpréter
tout ce qu’on aime dans la ville telle qu’elle
s’est constituée : à la fois dans le
délibéré et le spontané, le sédimentaire
et même l’erreur féconde – tous
ces événements qui sont le bonheur du poête
urbain. Ce qui va se traduire par une ville “ promenante ”,
d’abord habitable bien sûr, mais promenante :
claire et labyrinthique, fourmillante d’histoires qui
se croisent, s’ignorent, s’entremêlent – bref,
une ville littéraire.
TRANSMETTRE.
Etant enseignant depuis 1972 à UP6 devenue l’Ecole
d’architecture de Paris-la-Villette, il va de soi que
le fait de devoir transmettre a toujours constitué pour
moi une nécessité. Transmettre aux étudiants,
bien sûr (j’y reviendrai), mais aussi au public
en général et aux habitants concernés
par tel ou tel projet (en précisant qu’avec
ces derniers, il ne s’agit pas seulement de transmettre,
mais surtout d’écouter et de dialoguer). C’est
pourquoi j’ai créé à plusieurs
reprises des journaux (Tout, Légende du siècle)
dont une part importante traitait de questions urbaines mais
aussi que j’ai écrit plusieurs livres : 1989,
Civilisation Urbaine ou Barbarie, Impressionnisme Urbain.
Et aussi, en relation avec Banlieues 89, une revue plus pointue,
Lumières de la ville, dans laquelle, sous la direction
de Jean-Christophe Bailly, Jean-Paul Dollé et Jean-Pierre
Le Dantec, se sont exprimés des architectes, des urbanistes
et des historiens, mais aussi et peut-être surtout
des écrivains, des cinéastes et des artistes.
Dans mon enseignement à l’EAPLV, d’autre
part, j’ai depuis toujours mis l’accent sur les
rapports entre ville et architecture. Outre un module de
projet intitulé “Architecture et ville ” que
j’encadre avec Sophie Dénissof, j’en ai
mis au point un autre depuis des années avec mes complices
Jean-Paul Dollé et Jean-Pierre Le Dantec : son objectif
n’est pas d’aboutir, pour chaque étudiant, à un
projet à proprement parler, mais plutôt de le
mettre en situation d’apprendre à analyser une
ville en croisant un maximum d’approches (sensibles
; scientifiques – géographie, histoire, cartographie… ;
symboliques – littérature, arts plastiques,
cinéma…). Les résultats sont passionnants
et appelleraient même parfois la publication.
Toutefois, en matière de transmission d’un
savoir que je pense de mieux en mieux élaboré,
j’ai un grand regret : celui de n’avoir pas réussi à faire
aboutir à temps – je veux dire largement avant
le changement de majorité présidentielle en
1995 qui le conduisit au panier – le projet d’Ecole
des hautes études urbaines Fernand Braudel. Son programme était
en effet si merveilleux qu’il n’a pas perdu un
pouce d’actualité : qu’on en juge à travers
l’extrait joint de mon texte “ Fonder une Ecole ” :
On a donc structuré l’Ecole comme ça
: cinq champs pour appréhender le grand camp : la
civilisation urbaine.
Le premier, dirigé par Jean-Paul Dollé, a
le lourd héritage de reprendre là où l’aveuglement
de Sartre a laissé la question. En résumé,
puisque chacun va développer : civilisation urbaine
ou barbarie, ou peser l’inouï urbain de notre
modernité.
Le deuxième, dirigé par Alain Arvois, dont
il faut saluer l’acharnement à vouloir cette école,
va traiter du politique, ou quelles sont les formes institutionnelles
de la ville de l’époque où aux Droits
de l’Homme et du Citoyen, il faut ajouter les droits
du sujet, c’est-à-dire l’irréductible
de la singularité de chacun.
Le troisième, dirigé par Jean-Pierre Le Dantec,
interroge le topos, entre ce champ restreint et sublime,
l’architecture, et ce champ trop technique, l’urbanisme,
pour réinventer le champ de la ville comme dessin
: l’art urbain.
Le quatrième, dirigé par Paul Virillo, étudie
les rapports de l’espace et du temps, nous l’avons
nommé l’écologie urbaine. Polémiquement,
il veut dire guerre à l’écrasement du
temps : “ Quand il n’y a plus de temps à partager,
il n’y a plus de démocratie possible. ”
Le cinquième, dirigé par Gustave Massiah,
fait de cette école citoyenne du monde, elle travaille
le Nord/Sud, soit le Nord et le Sud, mais aussi le Nord et
le Sud mêlés dans nos villes-monde modernes.
Cette école, topologiquement sera à Lyon,
ville européenne, à la Croix-Rousse, quartier
des canuts, dans un espace que l’on peut prendre pour
Prague dans un film, ce qui en dit la qualité d’infractuosité de
plis et la capacité de secret et de découverte
mais sera aussi un fort, qui fera un autre guet.
Cette école aura ses pensionnaires à Lyon,
soixante par an, soixante individus avec des projets individuels.
Cette école produira des grandes conférences à la
manière du Collège de France. Ces conférences
auront lieu à Paris, à Lyon, à Marseille.
Cette école sera pratique. Elle accueillera des
stages pour les maires, les architectes, les services techniques
des villes.
Mais pas seulement pour les bordures de trottoir de Berlin,
mais aussi pour étudier Baudelaire et Walter Benjamin.
Cette école ne sera pas basée, elle sera sur
un bateau, elle sera en voyage, elle arpentera les périphéries
du monde entier.
Extrait des Premières Rencontres internationales
de la ville, Lyon , 1992.
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Lorient Barre
République
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AUJOURD'HUI
“ La preuve du pudding c’est qu’on le
mange ”.
Friedrich Engels, Londres , Avril 1892
Il était indispensable que quelques preuves soient
donc posées ; que ces morceaux de pudding soient fréquentables.
Ainsi d’Oullins en Lorient, de Villeneuve en Bobigny,
de Marseille en Dunkerque des moments de coagulation , des
lieux d’intensité, des postures où se
sent le rapport à l’autre, où se voit
l’idée qu’il y a de l’un et du commun,
où le mot pittoresque se fréquente, où le
mot tendresse se voit ; le tout sans dogmatisme ou révérence
stylistique convenable
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